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On Refait les Courses
On refait les courses du 06 octobre 2019
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Edito

Romain Le Dren Doleuze : la "très belle" rencontre de ce dimanche

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Publié le par

Ce dimanche 3 mai, à Longchamp, il présentait sa première partante dans un quinté. Certes, sa Sant’Amanza n’a conclu que 4e de ce Prix de la Fontaine Carpeaux, mais, pour tous les observateurs avertis, elle constitue la "grosse note" du jour : après avoir fermé la marche, elle a refait un terrain considérable sur les juments de tête, ce qui n’est pas du tout évident, sur ce parcours des 1.600 mètres de la moyenne piste.

Après la course je suis allé aux écuries, pour en savoir plus sur le nouvel entraîneur, qui a fêté ses 36 ans hier. J’avise son père, Georges Doleuze, dans l’une des stalles réservées à la douche des chevaux, où il était en train de bichonner sa Cosima qui, elle aussi, avait participé à l’événement du jour.

Après l’avoir salué, je lui ai lancé : "Dis donc, elle court de première, la pouliche de ton fils… Il se trouve où ?". Me pointant du doigt l’autre stalle de douche, juste à côté, Georges me sourit : "Là…".

Incroyable. La ressemblance physique est à tomber par terre… Les deux mêmes. Georges, éternel jeune homme, paraît évidemment quelques années de plus que Romain Le Dren Doleuze, mais ils ont les mêmes traits et, j’allais le découvrir, les mêmes expressions du visage, les mêmes intonations de voix et presque les mêmes… mots, puisés dans la passion et l‘amour… de l’animal et de la vie.

Romain a longtemps été jockey, avec 60 victoires à la clef, en France, et 150 à l’étranger, principalement en Tunisie, où il a terminé tête de liste à deux reprises. Mais, il y a trois ans, un accident de la circulation a mis prématurément fin à sa carrière : "Avec ma compagne, Marine, nous nous rendions au boulot, à scooter, un matin de bonne heure. Nous roulions à 70 km/h, comme permis sur cette route, mais une conductrice n’a pas respecté un stop… J’ai eu la jambe droite littéralement broyée, brisée au niveau du tibia, du péroné, d’où mes 4 brioches, de la malléole, bref, de tout ce qui pouvait se casser… Nous avions 12 fractures à nous deux, avec Marine… Un mois d’hôpital, 6 de rééducation, un an sur la touche et, évidemment, ma licence irrécupérable…"

Mais le garçon, comme son père, a une flamme magique qui brûle en lui. On la voit dans ses yeux, même s’ils sont moins clairs que ceux – deux lacs de montagne -  de Georges… Pas question d’abandonner les chevaux. Et c’est ainsi qu’il a décroché le précieux sésame il y a environ 3 mois…

"S’il y a une chose que Papa m’a inculquée, c’est cette maladie… d’amour pour le cheval. Ce sens de la perfection : parvenir à les amener les plus beaux possibles, à les faire fleurir, physiquement et mentalement… Pour les propriétaires, dignes de ce nom, il n’y a pas que la course, point final. Il y a l’avant, le "pendant" et l’après… Voir ses couleurs représentées par un poulain magnifique, dans le rond de présentation, c’est déjà une fierté… Le résultat, ensuite, bien sûr, mais aussi le retour aux écuries, et le poulain toujours joli, pas plus éprouvé que cela… C’est comme un luxe, en quelque sorte, et nous devons au moins cela aux gens qui nous font confiance… D’ailleurs, et, cela aussi, c’est mon Père qui m’a transmis sa façon de travailler : le matin, à l’entraînement, nos cavaliers – dont je fais partie pour un ou deux lots – n’ont une cravache qu’au cas où… qu’en cas de danger immédiat… Interdiction de s’en servir lors d’un galop… Et nos élèves ne sont jamais poussés à fond, il ne faut pas qu’ils gardent un mauvais souvenir de leurs séances de boulot…"

Je l’interromps une seconde, pour lui demander : "Et, comme Georges, votre livre de chevet est-il "L’Alphabet des Dieux ?""

Étonné que je sois au courant de ce secret, il hausse les sourcils avant de me répondre : "Non… Je suis trop concentré sur mon travail… A fond dans mon activité. Je lis plutôt Paris-Turf, Jour de Galop ou me connecte sur France-Sire… Mais je partage beaucoup de la philosophie de mon père." 

"Comme : "Mieux vaut vivre 10 ans comme un lion que 100 ans comme une chèvre ?""

Nouvelle moue surprise. Il m’avoue : "Vous le connaissez vraiment bien, on dirait… Cette maxime là, oui… Et c’est très pragmatique…"

Et il en revient à Sant’Amanza : "Je crois que j’avais la meilleure du lot, aujourd’hui, mais, dans les handicaps, le déroulement de l’épreuve joue beaucoup. Aujourd’hui, nous avions hérité du 12 à la corde, pour 12 partantes… Ma pouliche étant une finisseuse, mieux valait  reprendre, et ne pas prononcer un effort prématuré pour se placer en début de parcours. Ce que Thierry (NDR : Jarnet) a fait… Manque de chance (NDR : il hausse volontairement le ton et passe pratiquement la tête par-dessus la séparation des deux stalles), nous nous sommes retrouvés derrière une "roue crevée"…" Une pause minimale, pour attendre la réaction de Georges, qui a jailli aussitôt : "Tu es… gonflé, c’est le cas de le dire… On t’a emmené jusqu’à l’entrée de la dernière ligne droite…"

Le père et le fils, visiblement complices, ont éclaté de rire… Romain a repris : "Ensuite, Sant’Amanza a remarquablement terminé… D’ailleurs, c’est bien simple, en 7 sorties, je n’ai jamais vu un concurrent la dépasser. Elle doit attendre absolument, comme tout à l’heure, et elle a parfois trop de terrain à refaire, mais, dans sa catégorie, jamais un de ses adversaires a fini plus vite qu’elle… Et quand je pense que c’est une "miraculée…"

Là, c’est moi qui écarquille les yeux, l’invitant à poursuivre.

"Oui, toute jeune elle a été victime d’une fracture des sésamoïdes… Elle n’a pu commencer l’entraînement qu’en août dernier… Nous l’avons amenée tout doucement et, d’ailleurs c’est bien simple, en tout et pour tout, elle a couru 7 fois et n’est allée que… 7 fois sur le gazon (NDR : l’entraînement sur le gazon étant la touche finale à une préparation ou, plus exactement, la façon de faire progresser sensiblement un poulain ou une pouliche). Elle devrait avoir un bon programme désormais, et je crois qu’elle peut enlever un quinté de ce genre rapidement, d’autant que, ce dimanche, elle affrontait ses aînées…"

Je le questionne : "Vous avez des boxes, à Deauville, à côté de ceux de votre Père ?"

Il n’a pas le temps d’ouvrir la bouche que, cette fois, c’est le visage de Georges qui surgit au-dessus du panneau de bois : "Surtout pas ! Le plus loin possible !"

Nouvel éclat de rire… "Non, je loue des barns, sur l’hippodrome, entre ceux d’Hubertd e Nicolay et de Stéphane Wattel. On est vraiment bien. Et les chevaux aussi…"

Depuis qu’il a obtenu son "carton", Romain Le Dren Doleuze a enregistré : 2 victoires, 3 4èmes places et 2 septièmes, c'est-à-dire à chaque fois "dans l’argent". 100% de réussite "aux balances".

Et comment Sant’Amanza a-t-elle "atterri" chez lui ?

"Ses propriétaires, vu son handicap initial, ont bien compris que, s’il la plaçait dans une écurie "classique", la pouliche serait "noyée" dans la masse, qu’on lui demanderait le même boulot qu’aux autres et qu’elle passerait forcément à la trappe. Ils ont donc préféré la confier à une petite structures – j’ai 7 pensionnaires, pour l’instant – comme la mienne… Où on allait prendre le temps, voir ce qu’il fallait faire pour ce cas particulier... Je les en remercie, évidemment… Et je vous signale, aussi, que j’ai un poulain, All To The Red, qui me plaît beaucoup… Il sera à suivre dès ses débuts…"

Voilà ce que la rencontre de deux "miraculés" peut donner… Mais moi, de toute façon, aujourd’hui, j’ai vraiment fait une "très belle" rencontre…

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